Stephen T. Byington

Ce qu'est l'Anarchisme

(n.d.)

 



Note

Une présentation claire et simple de l'anarchisme, avec un penchant vers le volontarisme panarchique.

 


 

L'Anarchisme est une doctrine impliquant l'abolition du gouvernement.

Chacun s'accorde sur ce point et comme tout le monde croit savoir ce qu'est le gouvernement, tout le monde croit savoir en même temps ce qu'est l'Anarchisme.

Cependant, il est très peu de personnes définissant le gouvernement qui ne soient forcées, des qu'on leur pose quelques questions, de retirer leurs définitions.

L'Anarchisme est une théorie politique scientifique, opposée au gouvernement entendu dans le sens politique.

Le gouvernement, au point de vue politique, est un pouvoir humain qui assume et exerce un contrôle général sur les actions de tous les individus habitant un certain territoire ou appartenant à une certaine race, recourant, si besoin est, à la violence pour affirmer ce contrôle.

Le gouvernement d'un groupement, d'une association volontaire quelconque n'est pas un gouvernement politique, car il ne cherche pas à exiger l'obéissance de tous, mais simplement réglemente les actes de ceux qui désirent être réglementé; une forme semblable de gouvernement n'est pas opposée aux principes anarchistes.

L'objection essentielle que les anarchistes opposent au gouvernement: c'est qu'il ait recours à la force pour empêcher un être humain de faire ce qui lui plaît. Comme beaucoup d'autres personnes, les anarchistes souhaitent l'avènement d'une ère d'harmonie où nulle violence ne serait employée contre qui que ce soit. Mais comme beaucoup de personnes également, ils reconnaissent que cet idéal ne peut être atteint actuellement, ils constatent en effet que certains individus se servent de la violence et c'est aux autres qu'il appartient de décider si la violence ne doit pas répondre à la violence. Si une brute s'efforce de me jeter dans un étang, ce qui est un acte essentiellement gouvernemental, bien que commis en dehors de l'institution gouvernementale comme on l'entend généralement; si, dis-je, je lui résiste et j'essaie de contrecarrer ses projets, mon acte peut-il être comparé à son agression?

Certains anarchistes, comme Tolstoï, répondent affirmativement et répudient l'emploi de la violence même défensive. Mais la grande majorité des anarchistes distinguent entre le gouvernement ou le crime (deux noms pour la même chose) et la défense.

Employer la menace ou la violence contre quelqu'un de paisible, c'est ainsi qu'agissent les gouvernements et c'est un crime; mais employer la violence contre un criminel, pour réprimer son usage criminel de la violence, est une toute autre chose. D'une façon générale, les anarchistes considèrent la spoliation et la fraude brutale comme équivalentes à la violence et justifiant de violentes représailles.

Naturellement, la méthode pratique ou la menace théorique d'employer la violence consiste à réprimer la violence par l'organisation sociale avec ses rouages ordinaires: police, tribunaux, geôles. Un grand nombre d'anarchistes approuvent ce mécanisme, mais seulement avec le désir qu'il soit confiné à un usage défensif. Il est évident que, dans une société anarchiste, les individus qui le désireraient ne pourraient être empêchés d'organiser une police; l'emploi quelconque de la force pour les entraver étant tyranniquement gouvernemental.

Ainsi, le triomphe de l'anarchisme n'empêcherait pas l'existence de la police et des prisons. Il faut donc s'attendre à ce qu'elles survivent. Mais cela ne constituerait pas un nouveau gouvernement, puisque l'organisation existante ne pourrait percevoir aucun impôt sinon en exposant les non-payants à se voir privés de ses services. Cette organisation ne pourrait édicter aucune loi contre ceux qui laissent les autres tranquilles. Elle ne pourrait même pas empêcher l'établissement d'une police rivale dans le même lieu. Un gouvernement n'est «gouvernement» que lorsqu'il monopolise toute l'activité humaine de sa juridiction.

La question se pose si la violence contre la propriété rentre dans la même catégorie que la violence contre les personnes. C'est là que ceux qui s'intitulent «anarchistes» se séparent, les uns soutenant que la propriété des produits matériels est un corollaire de la liberté personnelle et doit être défendue à ce titre, les autres affirmant que la propriété, sous toutes ses formes, est une institution absurde. Logiquement, chacune des deux tendances prétend que l'autre n'est pas anarchiste.

Est-il anarchiste d'enfreindre les lois? Ceux qui enfreignent les lois sont de deux sortes: des anarchistes et des tyrans, Quiconque ne veut pas se soumettre à la volonté d'autrui et désire en même temps voir autrui jouir de la même liberté, celui-là est anarchiste. Un tyran, au contraire enfreint les lois comme il l'entend, mais c'est pour tenir les autres en sujétion, par exemple Napoléon, Rockefeller, ou tout gréviste qui, essaye d'obtenir le succès de sa grève en usant de violence contre les «jaunes».

Le public s'intéresse à la position que prennent les anarchistes vis-à-vis de la violence.

L'exposé ci-dessus indique que la violence contre les personnes paisibles est contraire aux principes de l'anarchisme et lorsqu'un anarchiste avéré y a recours, c'est qu'il ne connaît rien à l'anarchisme.

Cependant il n'y a rien de contraire aux principes anarchistes dans l'emploi de la violence contre ceux qui se servent eux-mêmes de la contrainte gouvernementale pour réprimer la liberté individuelle.

Mais jamais cet emploi de la violence n'a été préconisé par les principes anarchistes, car il n'est pas un seul anarchiste qui se sente obligé de répondre à la violence par la violence, sauf s 'il y voit une utilité quelconque. Les anarchistes partisans de la propriété individuelle affirment que si l'on obtient un maximum de liberté de discours, les attaques violentes d’une petite minorité contre l'autorité établie seraient bestiales, inutiles et absolument condamnables. Les anarchistes-communistes s'échelonnent de ce point de vue jusqu'à conseiller la violence la plus sanguinaire.

La propagande anarchiste actuelle consiste à répandre nos doctrines, à vivre la vie qui nous convient et à faire nos affaires sans nous préoccuper, dans la mesure du possible, des décrets ou des lois de l'Etat. Elle consiste encore à encourager autrui à faire de même. La propagande de l'avenir sera déterminée par les circonstances de l'avenir.

 


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